
Par Manon Pouliot, Responsable de la Collection Loto-Québec, et Sarah Kitzy Gineau Delyon, directrice de artch
Par Manon Pouliot, Responsable de la Collection Loto-Québec, et Sarah Kitzy Gineau Delyon, directrice de artch
Sarah, le 15 décembre 2024 :
Admettons que l’imaginaire humain n’a pas de fin connue, qu’il n’y a pas d’épuisement possible, mais plutôt une multiplication infinie d’idées qui crée des mondes imaginaires propres. Chaque créateur et créatrice peut, en ce sens, créer ses propres règles et bâtir ses lois à l’intérieur même d’un espace pensé. Les limites du temps et de l’espace n’existant pas dans le vortex imaginarium, les artistes peuvent envisager l’irrationnel et l’impossible. Sans contraintes physiques ou logiques.
Disons de l’imaginaire qu’il est un espace pur, de liberté, ou l’inconcevable et le fantastique peuvent cohabiter sans aucun obstacle, au-delà des lois de ce qui a déjà été vu. Cet espace libre n’a pas à représenter le monde tel qu’il est perçu. Tout un chacun est libre de pousser l’impulsion à l’infini, et c’est d’ailleurs ce qu’ont fait nos amis et amies artistes surréalistes qui floutent les frontières entre le réel et le mythe.
Il est alors permis de se demander si l’artiste crée un monde imaginaire structuré par des lois, des cycles, des séries, des modèles, et si ce monde dépasse la pensée humaine. De quelle manière cet imaginaire peut-il exister, et bien au-delà de la pensée qui l’a initié; à l’infini? D’autant plus dans une œuvre qui sera vouée à être montrée à un public d’individus différents, ayant la capacité de créer des imaginaires variés. Une résonance des œuvres qui étend ce monde imaginaire initial à un monde imaginaire partagé et repris par les individus consommant l’œuvre.
Manon, le 20 décembre 2024 :
On comprend que les artistes s’inspirent de leur environnement pour créer : ils sont mus par leurs craintes face au monde actuel, par la souffrance, par la beauté, par leurs origines. Ils empruntent des symboles, des codes ou des iconographies provenant d’époques diverses et de ce qu’ils vivent et voient au quotidien. Jumelées à leur imaginaire, leurs créations s’inscrivent alors dans un univers sans fin et métaphorique. Ce dernier devient un refuge qui leur est propre et dans lequel ils se sentent bien et libres de toute contrainte.
Cet univers se compose à la foi de contrastes qui s’opposent et s’attirent dans une immensité de possibilités tangibles et intangibles, alliant la matérialité et l’immatérialité, et qui sous-tendent tout concept à la base de leur démarche artistique :
L’artiste crée en fonction de ce qu’il ou elle souhaite transmettre au public spectateur et/ou regardeur. Il ou elle construit son imaginaire à partir d’un ressenti provenant de son vécu personnel (devant l’évolution de l’humanité, face à l’histoire, la science, la maternité, la peur de l’autre, les avancées technologiques, la construction des rêves, etc.) qu’il ou elle partage avec autrui. Ce vécu place l’individu au cœur de cet imaginaire (artiste et public) et au cœur du processus de création. L’ensemble de ces ressentis, à la fois matériel et immatériel, visible et invisible, forme un tout, une succession d’images sans fin, ou il n’y pas d’espace-temps et où ce dernier devient infini.
Découvrez l'exposition d'art émergent Et si les moulins tournaient sans ne jamais s’arrêter, fruit d’un commissariat collaboratif entre Loto-Québec et artch, au kiosque P05, situé au Pavillon de la foire Plural, du 11 au 13 avril prochain.
Les artistes :
Kelly Davis explore l’univers mystique de l’imaginable, où l’abondance et l’expansion infinies règnent. À travers ses peintures abstraites, elle crée des portails vers une réalité invisible, mais profondément ressentie, offrant un espace de résonance personnelle et collective. Son travail s’inscrit dans un dialogue continu, activé par l’engagement du spectateur et nourri par un échange intuitif qui dépasse le langage.
Gabor Bata dessine et peint des personnages tirés de son imaginaire, qui tentent mais échouent systématiquement à communiquer et à se connecter. Il crée des scènes colorées et voluptueuses qui captent l’attention. Il est influencé par son amour du cinéma, de l’animation, de la bande dessinée et du design.
Alfred Muszynski considère son travail comme une recherche, « un réseau d’idées avant tout ». Les codes et les iconographies du passé et du présent s’entrelacent dans ses œuvres. Il joue avec le réel et le mythe sous forme de casse-tête. Un réseau de références symboliques, où chaque toile trouve sa place dans le système que l’artiste a construit.
Alex Pouliot cherche à réhabiliter la magie de l’art en explorant les forces invisibles qui façonnent l’apparence des choses et le parcours identitaire de l’individu. Souvent en dialogue avec des lieux spécifiques, son travail interroge l’influence de la suprématie culturelle occidentale dans les médias de masse et son rôle dans la construction et la colonisation des imaginaires collectifs.
Judith Berry (Collection Loto-Québec) : « Ce petit tableau est l’une de mes nombreuses tentatives de condenser le paysage dans une surface qui semble manipulable. Les chemins sinueux en spirale évoquent une forme imposante, semblable à une colline. Pourtant, la surface peinte demeure opaque, chaque geste s’y inscrivant directement. L’image suggère de vastes étendues, tout en prenant l’apparence d’un objet tangible ou d’une partie du corps. Cette œuvre s’inscrit dans une démarche de plusieurs décennies visant à fusionner les genres du paysage, de la nature morte et du portrait. Je me confronte à la notion de paysage, à notre rapport à l’environnement et à la manière dont ses transformations nous affectent. »
Mélanie Dumas explore la matérialité en investissant l’espace, le plein et le vide, pour faire émerger de nouvelles géométries. Son travail interroge la notion de paysage à travers des formes inspirées des structures vivantes et synthétiques qui le composent. Entre fragilité et robustesse, immobilité et mouvement, elle choisit des matériaux bruts pour révéler leurs propriétés et leur temporalité. Intégrant des systèmes actifs, elle crée des sculptures qui reproduisent des phénomènes naturels à petite échelle, interrogeant ainsi notre relation à l’Anthropocène.