
Par Charlene K. Lau 劉雪铃
Par Charlene K. Lau 劉雪铃
Tout a commencé avec un dessin à l'encre représentant quatre poulets, attribué à l'origine à Emily Carr, sur lequel Tam est tombée en 2017 lors de ses recherches dans les archives de la Colombie-Britannique sur l'artiste canadien d'origine chinoise Lee Chao Nam 李趙南. Lee était un ami de Carr, et Tam affirme qu'il est possible que Lee ait enseigné à Carr la technique traditionnelle chinoise du pinceau pour obtenir le style de cette esquisse. Si les poulets sont depuis longtemps considérés comme un sujet populaire dans la peinture à l'encre chinoise, les coqs sont aussi un motif omniprésent dans la porcelaine chinoise, du sud de la Chine et de Hong Kong à l'Asie du Sud-Est et leurs diasporas. Multipliés sous forme encrée, ils plaisent instantanément aux jeunes et aux moins jeunes, comme des bannières de festival célébrant l'humble mais magnifique oiseau.
Représentée en partie à Plural 2025, Tam a fait une plus petite sélection de dessins d'oiseaux, y compris ceux provenant de l'itération de son exposition à la Richmond Art Gallery (2017), dans laquelle les visiteur·euse·s ont produit des centaines de dessins dans le cadre d'un événement communautaire. Comme dans les installations précédentes, une nuée de ces dessins vole dans les airs comme les amis à plumes qu'ils dépeignent, de grandes houppes de papiers qui s'élancent à travers le plafond. L'œuvre de Tam offre une perspective différente sur l'art de la diaspora chinoise, au sens propre comme au sens figuré, car la méthode d'exposition consiste davantage à montrer comment les dessins voltigent collectivement pour composer l'installation qu'à s'attarder sur les détails de chaque oiseau. La poésie de cette œuvre est telle qu'un dessin ne peut être accroché sans l'autre ; chacun doit être en compagnie et présenté comme un groupe.
J'ai toujours considéré Tam comme une artiste qui travaille aussi comme détective de l'histoire de l'art, fouillant les annales de l'histoire de l'art canadien pour trouver qui et quoi n'a pas été vu, ramenant à la surface des histoires perdues et oubliées. Chaque projet se ressent comme une expédition de plongée dans l'histoire de l'art, les archives et les documents communautaires, que Tam matérialise ensuite en une exposition dans une exposition. Grâce à des installations méticuleusement mises en scène, elle présente au public une histoire de l'art spéculative, entrant dans une machine à remonter dans le temps pour imaginer ce qu'était la vie des nouveaux·elles arrivant·e·s chinois·e·s ou, dans le cas de Lee, à quoi sa vie aurait pu ressembler. Dans tout cela, la pratique de Tam, profondément enracinée et entrelacée dans la recherche comme art, englobe l'histoire de l'immigration chinoise au Canada et la lutte continue pour la visibilité et l'appartenance, tant à l'intérieur qu'à l'extérieur du monde de l'art. Ces histoires, qui ne cessent de se déployer à travers le territoire et le temps, n'en sont qu'à leurs débuts.
La Banque Nationale est fière de présenter Like rain drops rolling down new paint, une installation de Karen Tam.